- vlam ! -

Jeudi 2 février.
Je suis un petit peu perdue. Rien qu’un petit peu.
Tous des artistes de pacotilles. Tous prêt à tout pour avancer. Tous trop surs de leurs hypothétiques talents. Tous prêt à tout pour se mettre sur le devant de la scène.
Mais et toi ma vieille, t’es pas sur le devant de la scène par hasard ? C’est étrange. Oui c’est vrai. J’ai un orteil sur la scène virtuelle, grâce à vous. En réalité, j’ai jamais rien demandé et il m’arrive encore de me questionner sur le pourquoi du comment j’en suis arrivé là. Dans le fond, peut être que je l’ai cherché. Hors virtualité, les choses n’en sont pas vraiment de même, et quand je le suis c’est bien malgré moi.
Je passe mon temps à douter, mais je ne doute pas que le doute soit fédérateur d’un précieux équilibre. Je veux y croire. Mais à petit pas. On me parle de relations dans le milieu, de numéros de téléphone, de gens qui font ci, de gens qui font ça. On me dit, fait toi connaître, expose, diffuse ton blog dans la sphère réelle et professionnelle. J’ai peur. Peur parce que je ne suis à mes yeux pas à la hauteur, je ne suis pas prête pour tout ça. Je ne veux pas faire les choses au hasard.



- Ana Bagayan -

Un vieil homme est assis à côté de moi, avec sa femme. Un petit couple tout fripé qu’il est toujours amusant à croiser dans le tram. J’ai beaucoup de respect pour les personnes âgées. Il a laissé un vide c’est certain et depuis, j’ai toujours un pincement au cœur en croisant un couple de personnes âgées lors de mes errances. Vendredi c’est l’enterrement. Je vais devoir mettre des images sur ce décès. Ça va être dur. C’est toujours les images qui sont le plus dur pour moi.
Mercredi matin on a visité une agence de publicité. Je veux être graphiste web. Je veux réellement être graphiste web. En bientôt 3ans je ne me suis jamais lassée de me prendre la tête devant des codes et des logiciels. J’aime les casses tête. C’est toujours plaisant de se prouver qu’on peut les transgresser. Valorisant même. Je veux tout franchir, aller toujours plus loin, mais seule. J’aime avancer seule. C’est uniquement à cette condition que j’arrive à trouver du mérite dans ce que je fais. Mon père est réellement un grand angoissé. Je n’en avais jamais pris autant conscience que depuis que je fais les trajets avec lui. Je sais de qui je tien maintenant. Au début Strasbourg était pour moi une angoisse à elle toute seule, le moindre imprévu dressait soudainement une montagne infranchissable devant moi. J’avais peur. Le genre de peur irraisonnée que provoque toujours chez moi l’inconnu. Et je dois dire qu’il est difficile d’avancer dans la vie lorsque l’inconnu vous fait peur. Comment appel t’on la phobie de l’inconnu ? Je devrais peut être chercher.
J’ai conscience de beaucoup de chose en fait. Il faut dire que je n’ai certainement pas passé des heures à me torturer l’esprit pour rien. On en tire forcément des enseignement sur ce que nous sommes. C’est étrange. Souvent il m’arrive de me parler. De me parler comme je vous parle maintenant. De me raconter la vie intérieurement, de me raconter ce je suis, de me raconter les gens, de me raconter l’environnement. Je suis une sacré nombriliste. Il est vrai. Ça aussi j’en ai conscience. Mais faut pas venir vous plaindre, c’est écrit en gros tout en haut. Ça m’amuse beaucoup. Vous pensez que ma conscience déforme beaucoup les faits réels ? Je ne sais pas.



- Mark Ryden -

Vendredi 3 février, avant de partir, avant qu’il parte.
Il y a une chanson pour chaque occasion. Comptine d’un autre été est aujourd’hui pour lui. D’ordinaire elle me fait déjà pleurer alors associée à sa pensée elle me poignarde doucement. Jour funèbre et cortège du souvenir.
A peine arrivée devant les gerbes de fleurs sur le parvis de l’église que je sens déjà les vilaines me monter aux yeux. A mon cher époux, à nôtre cher papa, à notre cher grand-père. La cérémonie fut difficile, j’essayait de me concentrer sur l’architecture de l’église plus que remarquable, ainsi que sur l’accent polonais du prêtre. Mais les larmes reprenaient toujours le dessus. Pleurer est une chose que je sais faire admirablement bien. Je passe le reste sous ellipse. Rien de bien joyeux.



- Ana Bagayan -

A mon retour, Alice et June m’attendaient. Ne me dites pas que vous aussi vous avez quelque chose contre Indochine ? Oui bon, j’avoue, les textes sont parfois un peu bateau. Toujours est-il que je me suis laissé emportée au pays des merveilles, au pays des cauchemars.

Vendredi 3 février, après son départ, après mon retour.
Je n’ai plus de cœur, je n’ai plus de souffrance. Phrases qui ricochent dans ma tête. Déverser ce que j’ai retenu dans l’après-midi. Je n’sais plus quoi dire, je n’sais plus quoi faire. Tout se mélange, tout s’entrechoque. J’ai envie d’hurler mais rien de sort. Pas même les larmes. Bouillon intérieur. Je tournoie sur moi même, emportée par les mélodies. J’ai envie de crier. Sentiments exacerbés. Plénitude ? Je n’sais plus quoi faire, je n’sais plus quoi dire. Je ne suis plus qu’un paquet de nerf. Une boule de sentiments. Je n’sais plus. Ça passera. Je devrais apprendre à extérioriser. Je devrais apprendre à tout lâcher. Caractère instable.


Bonus track : Ana Bagayan, Mark Ryden, Marion Peck et Ray Caesar, illustrateurs de l’étrange.