La neige a disparue, rattrapée par la pluie. Le froid s’engouffre toujours sous ma veste et vient me chatouiller le nombril. J’aime les allures de zombies qu’ont les gens le matin dans le tram. C’est le seul moment de la journée ou celui ci paraît presque silencieux. La joue collée à la fenêtre je dessine un cercle de buée. Je ferme les yeux et me laisse emporter.

Mardi après midi. 4 heures d’expression plastique. 24 élèves. Une prof. Une radio. Une cafetière. Quelques boîtes de gâteaux. Du chocolat. Des dizaines et des dizaines de tubes de peinture, de pastels et de crayons. Et… et 24 Kakémonos ( un format japonais de 90 par 180cm ). Les cours d’expression plastique sont véritablement plaisant. On travail tous au sol, occupant la totalité de l’espace de la salle avec nos immenses feuilles. L’ambiance y est bon enfant, j’apprécie. Machin qui prête à chose, qui prête à bidule. Un peu de plus et on pourrait croire que nous sommes une classe solidaire. On s’octroie de temps à autre une pose pour aller faire le tour de la salle, en profiter pour discuter un petit peu et chiper un morceau de gâteau sur la table. Et puis, comme il faut son lot d’incidents, il y a aussi la séquence pétage de plomb et de quittage de salle en larme. Eh ouais.
Je n’arrive pas réellement à définir mon rôle au sein de la classe. Je crois qu’à vrai dire je n’en ai pas. Je suis la neutre, la timide, la posée, la calme, la bizarre peu être ? Je ne sais pas. J’essaie de fuir les conflits naissants, d’apaiser les clivages. Difficile. Avant les cours il m’arrive de m’asseoir en retrait et de les observer. Nous sommes tous de beaux stéréotypes. Excentrique, fashion victime, grande gueule, j’m’enfoutiste, décalé, introverti, hautain et j’en passe. Une bien belle brochette. Des gens quoi. Et dans le fond c’est ça qu’y a de bien. Nous sommes tous tellement humains au travers de nos défauts.

Jeudi soir j’en suis venue aux larmes pour une histoire de photos. Je frôle le ridicule . J’avais commandé la semaine dernière une centaine de photos pour mon projet perso, les premières photos faites avec mon numérique réflex que je développe, aussi imaginez quelle fut ma joie quand j’ai découvert le gros paquet signé « wistiti.fr » dans ma boite aux lettres. Je suis montée dans ma chambre et j’ai illico tout déballé et là, bah là, y’a eu problème. J’ai mis 2 secondes à comprendre que ces imbéciles m’avaient recadré toutes mes photos au format 11x15, le format numérique donc. Hors il se trouve que Arthur photographie au format argentique ( du 10x15 donc ) et là, bah crise de nerf. Il manque plus d’un centimètre sur chaque photo, adieu mes cadrages, ce ne sont plus mes photos. Il m’a fallut un peu plus de temps pour réaliser que l’erreur venait en réalité de moi, moi la courge qui a coché le format 11x15 en bonne ignorante, plutôt que le format 10x15. Et là, bah là, j’ai pleuré de rage contre moi même.

Je n’ai plus le temps que de l’entrecroiser. Plus de longues journées avec lui, plus de longues nuits avec lui. Je suis tiraillée par le manque. Il me manque tout entier. Son âme me manque, son corps me manque. Il.

Je m’éclipse une semaine. Je reviens le 19.