dimanche 28 mai 2006

Autant que ce soit moi



Où donc est-il passé, passé, le passé?

J’ai beaucoup oublié. L’oubli est une chose terrible pour moi, moi qui me force à tout conserver minutieusement.
Les histoires s’effacent, les visages s’estompent. Quel était son prénom ?
Ai je oublié qui j’étais ?
J’ai oublié mon passé.
Nous sommes au CP. La classe 1987. Sourires figés et tenues de circonstance pour les demoiselles ( pas vraiment pour moi je sais ).
Qui sont ils aujourd’hui ? Je suis en proie à des poussées de nostalgie.
J’aurais voulut les voir grandir, j’aurais voulut avoir des amis d’enfance, pouvoir dire « tu te rappel ? ».
Ici je n’ai pas de passé, et pour tout dire je n’ai même pas de présent. J’ai ma chambre, mon jardin, mes près, mes arbres, et si je pouvais les emporter avec moi, alors je partirais.
Vendredi je revois Léa et Grégoire. Je prépare mes joues empourprées par la timidité.
Je me sens proche de Cyrielle bien que cela fait plus de 10ans qu’on ne se soient pas vues.
L’an prochain je serais certainement à nouveau en classe avec Aurélien par le plus grand des hasard.
C’est tout ce qui me reste, tout ce qui me reste avec mes souvenirs.


Je me souviens de l’école, des pavés de la cour des petits et du macadam de la cour des grands, séparées par le grillage auquel on s’accrochait.
Je me souviens du hall de la maternelle qui sentait la javel, de nos petites tables carrés, des pochettes avec nos prénoms, des bancs et des coussins pour chanter et réciter des comptines.
Je me souviens du jour ou j’ai perdu ma première dent en me cognant la bouche sur le guidon de la trottinette, du jour ou je suis tombée par terre parce que Grégoire me tirait par la main. Depuis j’ai une jolie cicatrice sur la cheville.
Je me souviens du St Nicolas et de ses manele, de la galette des rois, des ateliers pâte à sel, des guirlandes de noël, des cadeaux pour la fête des mères et des pères.
Je me souviens du crissement des petits cailloux dans l’allée de la maternelle, du garage à vélo ou la peinture verte s’écaillait, du terrain de basket ou on jouait au ballon prisonnier.
Je me souviens de Cyrielle qui crie dans la classe de CP, de Laure avec qui je me chamaillé, de Thimothé qui me suppliait de l’aimer.
Je me souviens de l’hibou empaillé dans le couloir, de l’araignée en plastique dans mes chaussures qui m’a fait hurler.
Je me souviens des écoles qui chantent, jupe noire et chemisier blanc, où chaque année nous déclarions la guerre aux écoles des communes voisines.
Je me souviens de la kermes de fin d’année, du spectacle annuel, de mon déguisement en fraise, des courses poursuites entre les tables, de nos danses dans le sous sol du gymnase, de l’odeur de tarte flambée, des canettes de soda, les pailles mâchouillées, les tables crédit mutuel.
Je me souviens du vieux Monsieur Schüler, notre directeur, Mr « écolier » qui ne portait pas si mal son nom finalement.
Ce sont des images, des ambiances. Souvenirs. Et encore, je vous parle ici que de l’école.







Je suis encerclée de murs.
De hauts murs de briques rouges sur lesquels je m’écorche les mains.
De hauts murs de briques rouges infranchissables.
Je voulais m’excuser à l’avance auprès des filles.
J’ai peur. En fait je ne suis même pas sure que ce soit de la peur. Je ne peux pas c’est tout.
C’est dans ma tête n’est ce pas ?
Je ne peux mettre les pieds dans des attractions à sensation forte. Pente à 90° et looping très peu pour moi merci. A la base j’ai l’estomac fragile, c’est un fait approuvé, mais ce n’est même pas ça le problème, le problème est dans ma tête, je me rend malade toute seule, par angoisse. J’ai toujours eu des tendances hypocondriaque, à jouer la malade imaginaire, à accentuer le moindre de mes maux, à croire que je vais rendre l’âme au moindre petit bobo.
Je ne peux mettre les pieds dans les attractions à sensation forte c’est psychologique et puis c’est tout.
Il y a un mur de brique rouge devant moi.




….et je ne suis pas courageuse.


Je n’en veux à personne je n’ai pas de chagrin et je ne hais personne car personne ce n’est rien.

lundi 15 mai 2006

Ironie du sort




18 avril.
Les beaux jours sont de retour. Criez hourra braves gens, quant à moi je m’en vais déprimer, seule, enfermée chez moi, parce que s’il y a bien un problème avec les beaux jours, c’est qu’ils me rappellent combien je suis seule ici et combien je peux m’ennuyer de cette solitude. Autant lorsqu’il fait mauvais c’est sans scrupules et avec réel plaisir que je reste enfermée à me prélasser et à compter les gouttes de pluies, autant quand il fait beau je me meurt à l’intérieur.



27 avril 01h. Au retour d’une soirée… J’écris souvent de genre de conneries au retour de soirées.
Je hais cette fille. Je hais cédille.
Je hais ces angoisses, ces malaises, ces paniques, toutes ces crises.
Je suis entourée de gens très gentils avec lesquels une fille dite normale se lierait d’emblée d’amitié, mais moi non, moi ça veut pas, il faut toujours que je garde cette aura de froideur, de distance, de mystère. Je n’arrive pas à me livrer, je n’arrive pas à être entière. Je n’arrive pas être comme ici, à faire tomber le masque, briser la carapace. Je me sens seule, je me sens autre, et le pire de tout ça, c’est que j’ai conscience que ce ne sont que des conneries que ma conscience me fait gober. J’en sais rien.J’aimerais savoir ce que les gens pensent réellement de moi. Pas vous hin, vous c’est pas pareil, vous êtes mes confidents, vous ne connaissez que le bon côté des choses, vous ne connaissez que Cédille, que ce que j’ai envie de montrer. Cédille ce n’est qu’une façade après tout. Derrière elle il y a moi, et vu de ce côté là, les choses sont beaucoup moins reluisantes que vous ne l’imaginez. Paraît que les timides sont souvent obsédés par leur image, par l’image qu’on les gens d’eux, qu’ils veulent toujours bien faire. J’ai du mal à me l’avouer, mais dans le fond je sais que c’est exactement ça, le diktat de vos jugements. Paradoxalement ce soucis de perfection me fait parfois accumuler bien des erreurs.
C’est dingue, je pourrais disserter des heures sur ma condition, sur celle que je suis. Je suis malade, mais uniquement à mes yeux, « c’est dans ma tête » comme je me plait à le répéter.



27 avril.
La gamine s’est explosée la figure avec le bout d’une corde à sauter. Ça a pissé le sang de partout. J’ai paniqué. J’ai gueulé. La mère est arrivée. Direction l’hôpital. Je suis rentrée chez moi. J’ai chialé toute l’aprem. Sensibilité, tu me perdras.



31 avril.
Résonance.
Vendredi. Tout semble s’agiter à l’intérieur de mon corps. Mon cœur vibre. Sensation toujours aussi étrange les premières minutes. Je me demande si mon cœur va lâcher ?
As Dragon, jolie performance, j’ai l’oreille gauche déchirée. Une fée Simon, tout en délicatesse, qui s’est peut être trop attardée sur son dernier album, laissant de côté des chansons telles que Lise, Il pleut… Un Yann Tiersen toujours trop rock à mon goût, non pas que ça me déplait, mais ce n’est pas tout à fait ce que j’attend de lui. Monochrome tout de même, ma petite préférée, et ce violon devenu si rare qui enflamme toujours autant la foule. Louise attaque, indescriptible. Adoré. Mais pas les pogos… très peu pour moi merci, et puis ai bousillé l’appareil photo à Mum’. Dimanche, sur les traces du chéri, beaucoup plus de monde, des spectateurs quelque peu différents. Dub Incorporation, un Rhenus plein à craquer qui s’égosille et bouge à l’unisson. Vraiment impressionnant. Aqme, un Rhenus vide. Kagerou, le Visual Kei fait des émules. J’apprécie l’esthétique nippone, maintenant leur musique… Tambours du Bronx, un principe vraiment original, mais un son beaucoup trop fort, mal de crâne au bout de 15minutes. Les Wampas, un public qui fait partie intégrante du show, Didier Wampas se déplace au milieu de celui ci, vêtu d’un énorme drapeau, et invite une 20ène de demoiselles sur scène pour le final.
Au final, gros regret de n’avoir pu emmener Arthur. Ai croisé beaucoup de têtes connues.
Une ex-meilleure amie, qui prend bien soin de baisser les yeux à ma vue.
Et petit instant de bonheur, un sourire échangé avec la demoiselle Eliness au milieu de la foule.




- Schlak -

12 mai.
Et puis je suis partie.
Dans ma bulle.
Accoudée à la vitre. Coincée entre deux sièges.
Le ciel d’un bleu pur. Les près d’un vert éclatant. Quelques champs de fleures jaunes.
Le soleil au travers de la vitre me réchauffe les joues.
Les yeux fermés.
Plénitude.
Cause all of the stars are fading away
Just try not to worry You'll see them some day
Take what you need
And be on your way
And stop crying your heart out.
Fredonne.

Je suis heureuse vous savez. Heureuse. Remplie. Remplie d’images, de belles choses, d’instants, d’humanité, de vie aussi. Et puis j’ai souris.
Une journée au paradis.
Vivre de découvertes continuelles, vivre d’art, d’images, d’architectures, de design, de beau.
Vivre de musées, d’expositions.
Vivre de voyages.
Vivre de soirées dans ses bras, vivre dans ses yeux, vivre dans ses paroles, vivre contre sa peau.
Vivre d’instants musicaux, vivre de concerts.
Vivre de nuits étoilées, d’air chaud sur ma peau, d’herbe sous mes pieds, de ruelles étroites.
Vivre jusqu’à en être épuisée. Et tout recommencer.
Je crois que c’est un petit peu ça le bonheur. Le bonheur aux yeux d’une Cédille.

Nous sommes partis, matinaux, en bus, traverser de haut en bas la plaine alsacienne pour se rendre à la Fondation Beyeler à Bâle.
Les voyages réveillent toujours en moi de vieilles angoisse. J’ai surmonté du mieux que j’ai pu.
P. à mes côtés. Musique et paysage.
La Fondation Beyeler est belle. Sourire.
Parement de grès. Immenses baies vitrées. Architecture métallique. Lagune verte, nénuphars rouges. Végétation abondante. Imposante sculpture dans le parc du musée.
Arthur n’est pas autorisé à entrer. J’irais à la rencontre de Matisse seule.




Nu assis sur fond ornemental par Matisse - 1927


Rétrospective sur l’œuvre de l’artiste. J’aime beaucoup Matisse. On à l’impression qu’il ne sait pas dessiner ! Ahem.
Nous avons eu le temps de jeter un coup d’œil dans les dédales de la collection permanente.
Au détour d’une salle, je suis tombée nez à nez avec les sculptures de Giacometti.
C’était impressionnant. Comme lorsque vous voyez un artiste, en chaire et en os, sur scène, à quelques mètres de vous. Je n’aurais jamais imaginé ressentir une telle chose à la vue d’une sculpture. Je n’aurais jamais pensé apprécier à ce point les musées.
Je crois que je suis amoureuse. Amoureuse de belles choses.
Petit tour dans le parc du musée. Surexcitée la Cédille. Arthur à la main.
J’aime le bruit d’Arthur. « schlaklak ». Jouissif.




Giacometti et ses sculptures photographié par Henri Cartier Bresson


Direction l’Allemagne. Weil am Rein. Musée Vitra.
Pic-nic champêtre entre les pâquerettes et les trèfles. S’allonger dans l’herbe, le soleil qui vous réchauffe la peau, cueillir des pâquerettes, prendre les gens en photo. Joie.
Nous avons visité deux architectures l’une par Zaha Hadid, l’autre par Tadao Ando.
Bordel. C’est trop beau. J’admire véritablement les gens qui sont capables de créer de telles choses. Dans chaque architecture c’est tout une histoire qui se déroule sous vos yeux, les sentiments qui jaillissent. Envie de toucher à tout, d’explorer tous les recoins, de comprendre toutes leurs astuces. C’est à vivre.
Le musée Vitra possède également une collection de chaises de designer célèbres.
Arthur interdit une fois de plus.
La pièce est grande, haute et à des allures de magasin Ikea. Les « chaises » sont disposées sur des étagères inclinées. Et là, choc à nouveau.
Les chaises que nous avons aperçut au cours de l’année sur polycopiés étaient là, en vrai, devant moi. « La ZigZag de Rietveld, La chaise Panton, le fauteuil Wassily de Breuer, How high is the moon, le fauteuil de Ron Arad, la chaise Harry Bertoia … ». J’étais fière de moi.

Non ce n’est pas du matérialisme que d’être si attaché aux artifices, aux objets, à toutes ces choses si dispensables en fin de compte.

Et puis je suis partie.
Dans ma bulle.
Accoudée à la vitre. Coincée entre deux sièges.
Le ciel d’un bleu pur. Les près d’un vert éclatant…



Je suis lasse de ce blog… mais je me soigne. Et le premier qui me dit que ma galerie ne marche pas je le trucide :p