Je suis revenue de Venise. Venise c’était magique. Je ne sais pas par où commencer, mais je vais tout de même essayer de vous raconter. Du blabla détaillé qui n’intéressera peut être pas grand monde à part les quelques présents au voyage qui passent par ici.
J’ai ouvert mon carnet, relu les passages griffonnés au crayon, allongée sur le lit de l’hôtel. Il y a ces souvenirs qui s’estompent déjà, ces images, ces sons, et ces sentiments.

Lundi 6 novembre 2006, le réveil a sonné à 4h45. J’ai traîné mon sac trop lourd pour mes petites mains jusqu’au bus. J’étais étonnamment sereine, pas trop angoissée. Venise, me voici.
Le trajet fut long, une demi journée de bus, coincé entre deux sièges, les jambes engourdies, 12h à bouffer du mp3, des siestes et des bonbons.
Petit rituel des vacances, nous sommes passé par Bâle. Je ne vous présente plus Bâle, la métallique, la bétonnée, je vous en ai déjà assez parlé. J’aime Bâle, Bâle m’inspire.
La suisse est un pays plaisant à parcourir sur l’autoroute pour la richesse des paysages qu’elle nous offre : vallées de verdures et de roches, sommets qui s’enchevêtrent, contraste de couleurs, magnificence des étendues d’eau… Mieux vaut en profiter car une fois la frontière italienne passée, c’est rapidement une autre histoire…
J’ai fait semblant de dormir et appuyé frénétiquement sur le bouton du volume afin de couvrir les cris de mes voisins de voyage. Certaines personnes m’ont déçue.
Parfois j’ai l’impression d’être la spectatrice d’une vie qui passe sans moi. On m’aurait abandonné là, sur une aire d’autoroute, et je regarderais passer les vies, sans voir défiler la mienne. Je suis toujours entrain de courir après mon temps, entrain d’essayer de rattraper un certain wagon que j’ai du loupé fut un moment déjà, mais rien n’y fait, je passe ma vie à courir, sans jamais arriver à la rattraper.
Nous sommes arrivés à Jesolo sur les coups de 16h30 : Hôtel Canova, chambre 104 et clef dorée, pour notre groupe de quatre filles. Tout ce qu’il y a de plus convenable.
Après le repas du soir, nous sommes allé faire un tour dans Jesolo. Jesolo est de ces villes extrêmement touristiques l’été, comme peuvent en témoigner les nombreux hôtels, restaurants, et boutiques, mais seulement voilà, début novembre, Jesolo s’apparente bien plus à une ville fantôme qu’autre chose. Les rues étaient désertes, les rideaux clôts, et pas âme qui vive à croiser. J’ai découvert une ville d’ordinaire touristique, délaissée et morte.
Nous avons foulé le sable doux de la plage, dans l’obscurité d’une nuit automnale, tombée bien trop tôt. Le sable était doux sous les pas, la pleine lune laissait glisser ses reflets dorés sur la mer et le sable. Nous sommes allé jusqu’au bout du ponton, toutes les quatre au milieu de l’eau, tout était silencieux, hormis le bruit des vaguelettes ricochant contre le ponton.
C’était très beau, premier instant magique.
De retour dans le hall de l’hôtel nous avons retrouvé une partie de la classe à comater sur les fauteuils du rez de chaussé. Le hall de l’hôtel avait des allures plutôt kitsch, moquette rouge au sol, rampe d’escalier art nouveau, lustre baroque blanc, fauteuils d’osier, fleurs en plastique, comptoir en bois avec un joyeux bordel d’images et d’objets sur ou devant le mur.

Mardi 7 novembre, jour 2, réveil difficile. J’ai sorti ma tête par la fenêtre, il faisait froid et brumeux.
Après une longue attente dans l’air glacial pour obtenir nos passes à la semaine, nous avons pris le vaporeto. La mer s’offrait enfin à moi au grand jour, alors que les premiers rayons du soleil dissipaient la brume. J’ai trouvé ça un peu étrange de me trouver ici, en plein milieu de cette eau turquoise au mois de novembre.
Notre premier groupe a accosté Venise vers 11h, ce qui nous laissait 30 minutes chrono pour nous perdre à la découverte de Venise, en attendant la venue du second groupe. Aussitôt dit, aussitôt fait !
Les yeux grands ouverts, j’ai découvert les premières façades de Venise, de belles portes en bois, des fenêtre en arcs , des façades aux couleurs tantôt vives, tantôt délavées, les premiers ponts en pierre blanche, surplombant les premiers canaux. C’était trop beau. Je crois d’ailleurs que l’expression « c’est trop beau » fut mon slogan favori durant toute la semaine. Lâchée dans les ruelles, j’étais comme une gamine, émerveillée par la beauté de ces lieux. Je ne savais plus ou donner de la tête, je ne savais plus quoi photographier.
Le groupe au complet, nous sommes allé à la rencontre de la colonie de pigeons peuplant l’incontournable place Saint Marc. La place Saint Marc ou San Marco pour les locaux, est tout simplement majestueuse, les architectures l’entourant en imposent, on se croirait dans un décor de film tant tout vous paraît irréel. J’étais émerveillée, je ne sais même pas comment vous l’expliquer.
On a commencé par la visite de la Basilique. Une architecture sublime, beaucoup de décors et de dorures finement réalisés. De gros et beaux encensoirs étaient suspendus. C’est dans ce genre d’architectures qu’on se sent véritablement si petit et si insignifiant.
Après avoir avalé notre fort garni « panier repas »
- bon à vrai dire j’ai rien mangé - nous nous sommes rendus au Palais des Doges. Dans la lignée de la Basilique, une architecture vraiment impressionnante, une succession de salles des plus immenses qu’il soit, richement décorées de tapisseries, fresques, dorures et meubles précieux. Comme pour la basilique, les photographies étaient interdites, j’ai essayé de ruser comme j’ai pu pour en ramener quelques traces.
Suite des réjouissances de l’après midi, le musée Correr : des tableaux classiques, des statues, des vieux meubles, des globes terrestres, des épées, boucliers, et des armures…
On a fini par aller se perdre dans les ruelles Vénitiennes, à l’affût du moindre pont, de la moindre ruelle étroite qui attirerait notre curiosité. Dès 16h30, la luminosité a commencé à baisser plongeant Venise dans un dégradé de tons rompus.
A 18h nous avons repris le Vaporeto, tous entassés dans la petite cabine au bar clot, pour échapper au vent glacial extérieur. J’étais épuisée, le chahut m’a très vite étouffé. Je suis sortie sur le pont avant, le visage face au vent. Je voulais être au calme, réfléchir. J’étais éprise d’un drôle de sentiment.
Le vent me giflait le visage, j’étais frigorifiée, mais je ne voulais pour rien au monde perdre une goutte de ce paysage. La sombre lagune était parsemée de dizaines de lampadaires au milieu de l’eau
- aussi appelés phares, certes -. De part et d’autres les quais de Venise scintillaient dans l’obscurité alors qu’une imposante pleine lune veillait sur nous.
Quand j’ai remis pied à terre j’étais véritablement frigorifiée, mais souffrir a souvent du bon.
Le séjour fut rythmé par les airs du vieux piano du hall de l’hôtel. C’était à chaque fois plus beau. Je crois que je suis dingue de cet instrument.
J’ai vadrouillé en chaussette au milieu du chahut général, de chambre en chambre, d’éclats de rires en éclats de rire, l’ambiance était un peu euphorique. Quand les grands ados
- jeunes adultes ? – partent en colonie de vacances…
Les garçons sont venus nous lire Biba pour nous endormir. Paraît que je ne suis pas une chieuse, je suis une titilleuse… Merci Biba.

Mercredi 10 novembre, jour 3, réveil au son du
Lion qui est mort ce soir, chanté à capela par la chambre voisine.
Nous avons débuté la journée par un tour en vaporeto dans le grand canal de Venise. C’était magique. A la proue du bateau, appareil posé sur la rambarde, j’ai mitraillé, vous imaginez.
Après avoir sillonné à pied ruelles sur ruelles, nous avons fini par atterrir devant la fondation Pinault, et là, quelle fut notre déception : Fondation fermée pendant 3 semaines pour transfert d’œuvres… Résultat des courses, quartier libre toute la matinée, rendez-vous à 13h30 à l’autre bout de Venise pour la biennale de l’architecture. Entre temps nous avons eu l’occasion de nous perdre dans Venise. Au final il ne restait plus grand monde de notre groupe originel. Dans Venise, mieux vaut ne pas se perdre de vue plus d’une minute sans quoi, on risque fort de se retrouver seul face à 3 embranchements !
La Biennale de l’Architecture se déroulait en deux lieux : la première partie en intérieur, dans de sortes de vieux hangars, la seconde dans un parc parsemé de pavillons aux couleurs des différents pays d’Europe. La première partie était dédiée à l’étude de différentes villes du monde, plan d’implantation urbain, architecture, densités de population, réseau routier, mode de vie, le tout au travers de photographies, graphiques et graphismes, vidéos, et de sortes de cloches diffusant les ambiances sonores des différentes villes. D’autres hall quand à eux nous présentaient des projets d’architectures innovants et spectaculaires.
La seconde partie se déroulait dans un parc, nous n’avons pas eu le temps de tout voir, mais le meilleur des pavillons visités, et sans patriotisme promis, fut celui de la France. En réalité il se démarquait surtout par son originalité et son ambiance chaleureuse. Vêtus de nos casques de chantier nous avons gravis l’échafaudage installé à l’intérieur du pavillon, jusqu’à aboutir en extérieur au niveau du toit de celui ci. Enfin, je ne sais même pas comment tout vous expliquer. C’était génial, voilà tout.
Ce soir là, dans le vaporeto, je suis partie dans ma bulle. Un peu comme tout les soirs pour tout dire. J’aime cette vie en communauté provisoire, mais mes moments de solitude me manquent. Je n’arrive pas à me poser au calme quelques instants, je n’arrive à réfléchir, je n’arrive pas à écrire. Je n’aime pas trop m’éloigner de ma bulle.
Drôle de sentiment persistant. J’ai noué une véritable affection pour certaines personnes. Je ne sais pas si cette affection est réciproque. Je ne suis pas vraiment le genre de personne qu’on aime facilement.
Dans les couloirs de l’hôtel, le chahut général avait repris. J’entend encore les pas des courses poursuites résonner dans les couloirs. Il y a ceux qui se retrouvent autour du baby-foot, ceux qui se retrouvent autour d’une bouteille de vin et ceux qui se retrouvent tout simplement.
Et puis on est allé voir la mer. Tous assis au bout du ponton en bois humide, au milieu de l’eau. J’avais les pieds dans le vide, le visage face à une lune bien voilée ce soir là. Les gens parlaient, buvaient et rigolaient, moi je voulais juste me poser pour regarder la mer, je voulais être seule mais entourée, j’aime être seule mais entourée. On m’a fait des confidences. J’en ai été heureuses. Ce sera à mon tour, promis, mais je ne voulais pas pleurer là bas.
De retour dans le hall de l’hôtel nous avons croisé une prof quelque peu éméchée et je dois dire ce que cela fut plutôt amusant. Vivre avec les gens révèle une toute autre facette de leur personnalité. En une semaine j’ai appris beaucoup plus sur chacun d’eux qu’en ces deux premiers mois.
Je suis allé me coucher sur les coups de 1h. Et dans l’obscurité de la chambre, les yeux grands ouverts, j’entendais résonner dans le hall, les notes du vieux piano, qui semblait encore chanter rien que pour me bercer.

Jamais - Clyfford Still - Mai 1944
Jeudi 11 novembre, jour 4. C’est dès le matin que la nostalgie a envahie mon esprit. Dernier jour à sillonner les canaux de Venise déjà.
J’étais en petit comité dans le vaporeto ce matin là, ça m’a fait du bien. On a vu une énorme méduse dériver à côté du bateau, c’était impressionnant.
Après un long parcours dans les ruelles, nous nous sommes rendus à la
Collection Peggy Guggenheim : du surréalisme, du constructivisme, du cubisme, de l’expressionnisme, du futurisme, et plein d’autres courants artistiques encore, mais qui ne riment pas en
isme…
J’imaginais ça plus grand tout de même, la visite fut assez vite faite, intéressante néanmoins.
L’après midi, dernier quartier libre. Nous avons beaucoup marché, avalé deux glaces, regardé les magnifiques masques des vitrines, ré-essayé d’entrer à la biennale sans succès, fait quelques courses au super marché, et puis surtout aussi beaucoup marché. Je crois que maintenant je peux presque me vanter de connaître Venise par cœur.
Nous avons repris le vaporeto pour 18h, comme tout les soirs de la semaine, sauf que ce soir là, c’était pour la dernière fois.
Après, un repas vite avalé, une douche tout aussi vite expédiée, nous avons réinvesti le bus pour une dizaine d’heures, afin de se rendre à Genève. Ce soir la nous avons eu droit à deux film, Lord of War et Ray, ce qui eu le mérite de nous divertir en nous faisant passer le temps, bien que la fatigue ai parfois fini par l’emporter sur mon intérêt, surtout que j’avais déjà vu Ray il y a trois semaines de cela.
J’aime quand le bus devient silencieux, que les visages endormis ne s’éclairent plus uniquement qu’à la lumière des lampadaires qui défilent sur le bas côté. Tout était paisible.
J’ai croisé un regard. Et ce n’était pas un rêve, mais un joli moment.

Vendredi 10 novembre.
J’ai émergé de mon état de somnolence sur les coups de 7h. La tête dans le brouillard. Le bus était encore silencieux, les premiers yeux s’ouvrent lentement, difficilement, tous engourdis que nous sommes, à force de dormir dans des positions des plus inconfortables.
On est descendu dans le centre ville de Genève prendre un petit déjeuner dans le restaurant d’un hôtel trois étoiles s’il vous plait ! Puis on s’est séparé en petits groupes pour aller se balader dans le centre ville. J’étais pas trop dans mon assiette, pensive et très fatiguée, mes muscles ne se retenaient pas de me rappeler que j’avais déjà 3 journées de marche derrière moi. Genève n’est pas particulièrement belle, ni particulièrement moche, c’était juste différent, dépaysant. Genève est une ville de tout ce qu’il y a de plus contemporaine. Un tramway, une ligne de chemin de fer, des grands magasins, des rues pavés, des pistes cyclables, etc… Vous y ajoutez des maisons à colombage, et ça y’est vous êtes à Strasbourg. Je n’ai pas pris beaucoup de photos, je n’avais peut être pas la tête à ça. Je me suis sentie un peu échouée là sans trop savoir pourquoi, à traîner silencieuse au milieux de ces gens que j’apprécie énormément.
Sur les coup de 14h nous nous sommes rendus à l’ONU. L’entrée était extrêmement contrôlée. J’ai enlevé tous mes objets métalliques, ai placé mon sac sur le tapis roulant puis je suis passée sous le portique. La visite guidée ne fut pas franchement instructive, d’autant plus que j’ai pris très à cœur ma tache de reporter photo pour les journées portes ouvertes de notre établissement, en oubliant parfois de prêter attention à ce que pouvait nous raconter la demoiselle blonde en tailleur bleu qui nous servait de guide. Pendant la conférence de l’architecte de l’Onu, je me suis endormie, comme beaucoup d’entre nous à vrai dire, on m’a réveillé en sursaut. Je me suis sentie un peu bête, mais vraiment impossible de lutter contre la fatigue.
On est arrivé à Strasbourg sur les coups de 22h. Une bise à tout le monde, et voilà que je me retrouve toute seule à attendre. Le séjour s’achève, bonjour quotidien. En fait peut être que c’était quand même un rêve. Un rêve dont la chute, le retour à la réalité, est plutôt difficile.

J’aimerais en dire plus, mais je ne peux pas. La reprise fut difficile. J’ai fait plusieurs crises de larmes cette semaine, je ne suis pas bien, j’ai l’esprit un peu chamboulé, je me pose beaucoup de questions sans réponses à propos de mon couple, beaucoup de questions sans réponses à propos des gens. Que veulent dire les regards ? Les regards m’obsèdent, m’intriguent, tous. J’ai envie de me faire violence, mais je ne peux pas, je suis l’éternelle petite Cédille, coincée entre deux mondes, l’éternelle rêveuse, l’éternelle fille silencieuse. J’aimerais être une héroïne de film, mais je suis déjà une héroïne à ma façon, en vous racontant ceci, en essayant de sublimer ma vie, la seule chose que j’ai c’est Cédille, mon identité, ma moitié. Les gens m’idéalisent, c’est la faute à Cédille, j’ai peur de les décevoir, je ne suis pas une fille géniale. Dois je perdre mes mystères ? Et vous alors, qu’y a t’il derrière votre carapace ? Vous n’êtes pas les seuls curieux, racontez moi… et je ne m’adresse pas ici qu’aux personnes virtuelles. Vous êtes aussi mystérieux que moi, ça me fascine, racontez moi…