J’ai ouvert les yeux au milieu de l’obscurité. Tout était calme, tout était silencieux. J’ai contemplé un moment ces visages endormis sous la lumière blafarde des lampadaires, j’ai contemplé un moment son visage endormi. C’est précisément cet instant qu’il choisit pour ouvrir les yeux et attraper mon regard. Quelques secondes s’écoulent mais le temps reste en suspend, le décor, la scène, vous paraissent si irréels. J’ai cette photographie fictive dans ma tête, tout y est encore si net et si précis, rien ne s’est estompé depuis, rien ne s’estompera jamais de cette photographie je crois. Et sans vraiment prévenir, les secondes reprennent leur course infernale.
Je l’ai remercié d’un sourire. J’ai fermé les yeux, et me suis endormie.

J’ai beaucoup écrit depuis mon dernier passage, des choses très personnelles, d’autres moins, assez intéressantes parfois… et parfois moins aussi, c’est bien vrai, des choses que j’aurais pu écrire ici, ou peut être pas, je crois qu’elles n’ont déjà plus grand intérêt, la chute du temps est vertigineuse, aucun jour ne semble actuellement se ressembler.



Cédille est fluorescente. J’ai un Post-it vert sur le front, 8 centimètres carrés de bonheur sur nos visages. Sourire improbable sur mes lèvres, enfin retrouvé. J’ai pris conscience de mon état extrême des dernières semaines, repliée sur moi-même, petit être apeuré, sans un mot, sans un sourire, esprit en miette... Quelle est ton ambition dans la vie ? Devenir invisible ! Mais c’est pas bientôt fini oui ?
Alors j’essaie de m’ouvrir doucement, de dialoguer quand j’en ai l’occasion ( et le courage surtout ). J’ai parfois l’impression d’être malade, ou handicapée, ouais gravement handicapée par ma timidité et mon repli sur moi-même. Je stress quand il s’agit d’aller acheter une baguette de pain dans une boulangerie, j’ose pas aller faire mes courses toute seule, donner mon opinion ? Oh non en fait j’ai pas vraiment d’opinion vous savez… Engager la conversation avec un inconnu ? N’en parlons pas ! Je fuis. Je fuis. Je fuis. Mais il se dresse devant moi. Et j’ai envie de changer. Et je changerais pour toi. Et je changerais pour moi.

Trop de contraintes compressent mon esprit et mes envies de création. Encore une fois mon univers trop fantastique et enfantin me dessert. Je prends résolument conscience de ma difficulté à travailler en groupe. Trop individualiste ? Certainement… ou peut être simplement qu’en groupe, je n’existe pas…



Un corps se découpe dans la lumière.

Tic tac tic tac tic tac. Le réveil blanc d’Alice m’entraîne dans sa chute du temps. Trou noir. Je dégringole. Tic tac tic tac tic tac. Les secondes me martèlent le cerveau. Michael Scofield m’attrape par la main, course poursuite au milieu d’une allée de tableaux de Hopper. Impression surréaliste et toujours ce réveil blanc qui domine mes hallucinations, jusqu’aux traces laissées sur la paume de ma main. Tic tac tic tac tic tac. Merci Mister Sim. Quelle est mon ambition ? J’ai trouvé maintenant ! Devenir invisible ! Comment ça une impression de déjà vu ? Non je ne suis pas sotte, non je ne suis pas un cancre, et oui je baille parce que je suis fatiguée, très fatiguée vous savez.

J’ai serré Valentin contre moi. Position fœtale, mon ours vert fluo dans les bras, bien peu d’éléments, mais de quoi calmer mes angoisses. Je suis une enfant. J’ai besoin d’affection et mes ours m’apportent de l’affection.
Archive et Tiersen en sourdine, quelques larmes qui passent inaperçu, laissent mes joues humides. C’est pas grave. Et puis je ne sais même plus pourquoi je pleure.
De toute façon tout se résume en ceci : Le temps est assourdissant.
Je n’ai nulle part où aller, je ne sais plus où habiter : ici ? là ? là-bas ? Où est ma bulle ? Où est mon cocon ? Où me réfugier ? Quel endroit puis-je considérer comme chez-moi ?
Le mot silence ne me fait pas peur, je pense au contraire qu’il me caractérise. Mais tu as raison, il faut que ça change, il faut que je change. Ce doit être une condition sine qua non à mon bonheur.



- De toute façon tu seras déçu...
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce que c’est de Cédille que tu es amoureux, pas de moi…

J’ai rencontré un garçon. Je suis tombée amoureuse. « Tomber » est, je pense, un verbe tout à fait approprié à cette expression. L’amour est une chute, un peu comme le temps, oui.
Un millier de questions vous assaillent, la peur de l’abandon s’installe, une envie de fusion constante.
J’ai pris des risques, j’ai bouleversé ma vie. Je crois que j’ai tout simplement envie de vivre ce que j’ai à vivre, sans me poser trop de questions et quel qu’en soit le dénouement.

C’est précisément cet instant qu’il choisit pour ouvrir les yeux et attraper mon regard.